Dvar Torah du Rav

Chabbat Toldot

La Torah retrace en détail le parcours des fondateurs du peuple d’Israël. En parcourant nos parachiot, on observe le phénomène suivant : autant pour Avraham que pour Yits’hak et que Yaakov, lorsque surgit une difficulté, une tension, ils se retrouvent face à une épreuve, Hashem n’intervient pas et les laisse affronter le danger seuls. Puis, quand le trouble se dissipe et que le calme s’installe à nouveau, Hashem s’adresse à eux pour les rassurer et les encourager.

Dans la paracha notamment, Yits’hak se trouve face à des Pelichtim animés de sentiments belliqueux, qui remblaient les puits qu’il s’est donné la peine de mettre à jour. Leur roi lui intime l’ordre de quitter l’endroit ; pourtant même après son départ, les tensions persistent. A aucun moment, Hashem ne vient au secours de Yits’hak, ni pour le soutenir ou le réconforter.

Seulement après le retour de Yits’hak à Béer-Chéva, Hashem s’adresse à lui : « ne crains rien, Je suis avec toi », alors que les menaces appartiennent au passé. Pourquoi ce message n’intervient-t-il pas pendant la crise ? Une fois la paix retrouvée, quel est le sens de cette promesse ?

Le sefer Yéerav alav si’hi explique : lorsque la crise économique s’installe, la famine devient oppressante, Yits’hak se rend à Guerar. Hashem somme Yits’hak de ne pas quitter eretz Israël pour aller en Egypte, et lui assure Son assistance. Effectivement, Yits’hak connaît la fortune. Toutefois, le terme employé « gour baaretz hazot », séjourne dans cette région, laisse entendre qu’il ne s’agit pas de s’y installer durablement (Ramban 47,11. De même dans la Hagada, vayagor cham, chélo yarad lehichtakéa).

Or, il se trouve que Yits’hak ne quitte pas la terre des Pelichtim. Il s’y installe et entreprend de surcroît, la recherche de sources d’eau pour lui permettre d’assurer une certaine autonomie.

Les agressions des autochtones ne sont en réalité, qu’un appel d’En-Haut de quitter cette terre. Mais Yits’hak attribue ces attaques à la haine des Pelichtim à son endroit, c’est pourquoi il quitte Guerar sans pour autant rejoindre Béer-Chéva. Constatant que la traque se poursuit contre lui, il comprend ce que Hashem attend de lui.

C’est là que Hashem s’adresse à lui pour le rassurer, car Yits’hak craint avoir offensé Hashem en ayant tardé à revenir. « Ne crains rien, Je suis avec toi », lui dit-Il.       

Au-delà de cette lecture, on peut dégager de cet épisode une leçon capitale. Pourquoi Hashem laisse Yits’hak se débattre dans l’adversité sans le soutenir ? Quand l’orage est passé, à quoi sert un message de soutien ?

C’est qu’il y a ici un éclairage sur les énigmes de la vie.

On raconte l’histoire suivante.

Un homme rêve. Il se voit sur une plage, il marche. Levant les yeux vers l’horizon, il voit le film de sa vie. Or, il observe qu’à la trace que ses pas laissent dans le sable s’ajoute celle de Celui qui l’accompagne. Soudain, il remarque que l’empreinte ne laisse apparaître qu’une seule paire de pas. Puis, par la suite, c’est à nouveau deux paires qu’il voit. Il comprend que pendant sa vie, parfois il est accompagné et soutenu par Hashem, parfois non. Cependant, il s’étonne en s’apercevant que là où l’assistance divine lui a fait défaut, c’est précisément pendant les périodes pénibles qu’il a connu, là où il aurait eu tant besoin de soutien.

Il lève les yeux au Ciel : « cher Père si plein de bienveillance, je ne comprends pas, comment m’as-Tu laissé dans les pires moments ? »

Alors, une Voix se fait entendre : « mon cher enfant, tu fais erreur, les seules traces que tu as vu en temps de crise, ce n’étaient pas les tiennes, mais seulement les Miennes. Je ne t’ai pas abandonné, au contraire, ce n’est que Moi qui t’ai porté, lorsque tu n’étais plus capable de faire face ».

Dans la détresse, Hashem ne parle pas à Yits’hak, Il le porte. Quand le brouillard s’estompe, l’homme peut et doit s’assumer. Il serait amené à croire qu’il ne peut dorénavant compter que sur ses propres moyens. Hashem le rassure, même maintenant tu n’as pas à avoir peur, Je suis avec toi, tu n’es jamais seul.

La vie est pleine de péripéties, de doutes et de peines. Si malgré cela, on peut encore croire et espérer, c’est bien par le fait que l’on a bénéficié d’une prise en charge providentielle. Il ne nous est pas demandé d’être des héros, mais simplement de vivre avec la conscience que nous ne sommes pas seuls. A nous de savoir nous adresser à Lui pour Lui dire notre confiance.

 

Chabbat Chalom & gut Shabbes

betsalel landauer

Rav de la Communauté Israélite Orthodoxe de Genève